Comme un dimanche

Homélie de la Fête-Dieu 2022

« Donnez-leur vous-mêmes à manger. » 

Voici un prêtre qui se réveille le dimanche matin. Il pense à ce qui l’attend : une église et ses fidèles. Il les voit déjà mais il se sait vide. Il ne comprend pas ce qu’il pourrait donner à ceux-là qui vont venir, il prie, il demande : « Seigneur, renvoie-les ». Il vaudrait mieux qu’il n’y ait personne ce dimanche, qu’il arrive dans une église vide. Dans la nef désertée, il pourrait tout simplement prier, les mains tendues vers le ciel et attendre le don de Dieu. S’il plaisait alors à Dieu de le nourrir, peut-être pourrait-il à son tour aller à la rencontre des chrétiens et leur donner un peu de ce qu’il aurait reçu ; mais, ce matin, il n’a même pas de quoi se nourrir lui-même. Les apôtres avaient, au moins, cinq pains et deux poissons, lui est un désert. « Seigneur, renvoie-les, envoie-les là où ils pourront trouver de quoi rassasier leurs âmes ». Et il entend, une nouvelle fois, le Seigneur lui dire : « Donne-leur toi-même à manger ».

Voici un fidèle laïc, c’est dimanche. Ira-t-il à la messe ? Pourquoi irait-il ? Qu’y trouverait-il ? Il se souvient bien des heures où le Seigneur lui a parlé, où il l’a nourri, il se souvient peut-être de la lumière de sa première communion, il se souvient de cette messe dans une simple chapelle sur la montagne, il se souvient de ce jour de joie où ils étaient des milliers à célébrer Jésus présent. Depuis, il y a eu tant de dimanches où il lui a semblé quitter l’église aussi affamé qu’il y était entré ; pourtant, le Seigneur ne peut manquer à ses promesses. Parce qu’il croit ou parce qu’il a entendu la voix des croyants l’y inviter, il marche donc vers l’église, ne sachant ce qu’il y recevra. 

C’est dimanche matin dans toutes les églises du monde. Prêtres aux mains vides, fidèles affamés, nous voici assis par groupe d’environ cinquante, comme sur la montagne, les foules et les apôtres. C’est Jésus qui est la raison de notre présence ici, qu’il ait touché notre cœur par sa parole ou que nous ayons entendu un lointain écho de son appel, que nous espérions tout de lui ou bien que nous nous demandions pourquoi nous sommes ici.  

Jésus prit les cinq pains et les deux poissons et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction sur eux, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à la foule. Chaque prêtre qui s’est levé ce matin sans rien avoir à donner prononcera à son tour ces paroles : Il prit le pain, le rompit et le donna à ses disciples, en disant : « Prenez et mangez, ceci est mon corps. » Le voici, le miracle de cette fête, ici comme dans le monde entier, ce matin, Jésus est présent. Comme les pains étaient multipliés sur la montagne pour que chacun puisse recevoir à sa faim, nous croyons que Jésus vient pour chacun. Que nous soyons ardents ou que la foi nous manque, que nous nous sentions usés ou pleins de force, que nous venions avec le cœur débordant ou les mains vides, Jésus est là, présent. Amen.