Il n’est pas bon que l’homme soit seul

Homélie du 27e dimanche du temps ordinaire 2021

Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Cette phrase ne parle pas simplement de solitude individuelle, elle dit qu’il y a quelque chose que l’homme ne peut pas être sans le vis-à-vis féminin. Il n’est pas bon que l’homme soit seul, il n’est pas bon que les hommes soient seuls. Scouts, enterrements de vie de jeune fille, équipes de sport, les domaines non mixtes de notre société ne sont bons qu’ouverts à la rencontre advenue ou à venir avec l’autre sexe[1]. Il ne s’agit pas là d’une simple complémentarité des sexes mais de l’enjeu de notre existence sexuée qui ne se suffit jamais à elle-même. Certes, chacun de ces moments où nous nous retrouvons entre individus du même sexe peut être l’heure d’un repli et d’un renoncement à l’aventure de la rencontre mais, bien vécu, il en est le tremplin, de même que la maison ne vaut pas pour elle-même, mais comme l’abri qui, protégeant notre croissance et notre repos, nous permet de partir au-dehors à l’heure où résonne en nous l’appel à devenir nous-même.

C’est dans le don de la vie qu’est éclatant ce besoin que nous avons de l’autre, cette pauvreté inscrite en chacun de nous qui nous rend incapable d’engendrer ou d’enfanter sans le concours de l’autre. Ceci restera vrai malgré les tentatives actuelles qui peuvent bien brouiller les pistes mais ne s’affranchissent pas de la nécessité qu’un enfant soit né d’un homme et d’une femme, d’un père et d’une mère. Nul n’est un monde clos sur lui-même, l’homme n’est pas fait pour être sans la femme, une carence est inscrite en chacun de nous. 

Mais alors qu’en est-il des prêtres ? Ne sont-ils pas seulement hommes ceux-là ? À quelle rencontre aspirent-ils ? Qui plus est, si nous ne pouvons naître à la vie naturelle sans un homme et une femme, comment serait-il possible qu’un homme seul donne la vie divine, celle que nous avons reçue au baptême et à la confirmation, celle qui est maintenue en nous par l’eucharistie ? Il n’est pas bon que l’homme soit seul semblerait bien être un verset décisif contre la masculinité du sacerdoce. En accaparant leur sacerdoce comme se suffisant à lui-même, en se refusant à cette pauvreté intrinsèque et en se prétendant les seuls procréateurs de la vie divine, certains prêtres ont prêté le flanc à cette critique et sont, bien pire, tombés dans les abus auxquels devait fatalement les amener la croyance en la toute-puissance de leur ministère. Parce qu’ils avaient oublié ne pas suffire à donner la vie, ils donnèrent la mort. Le « nul ne peut naître sans père » fait toujours écho au « nul ne peut naître sans mère ». 

Pour comprendre notre sacerdoce et la raison de sa masculinité, il faut revenir au Christ. Il a voulu embrasser l’humanité dans toute sa réalité et, en particulier, dans cette déficience fondamentale et salutaire qu’est notre sexualité. Le Verbe s’est incarné en un homme, il a pris un sexe masculin. Il n’a pas choisi d’être androgyne car on est plus humain de ne pas être tout. Il a donc choisi de manquer de quelque chose et de désirer être comblé par la rencontre avec l’autre. Cette rencontre, le Christ l’a vécue dans l’union à l’Église. Il s’est livré entre ses mains, il s’est offert à elle sur la croix, il en a fait la mère de tous les vivants. Jésus lui-même n’a pas voulu nous donner la vie sans le concours de l’Église, son épouse. Certainement l’aurait-il pu mais il n’est pas bon que l’homme soit seul. 

Si les prêtres sont d’autres Christ, ils vivent le même manque et sont appelés à la même union. L’assemblée ne peut donner la vie sans prêtre, le prêtre ne peut donner la vie sans l’assemblée, sa masculinité est là pour le lui rappeler, il manque de quelque chose, il ne sera fécond qu’en entrant dans la relation avec l’Église et cette union féconde, c’est la messe. Ici, par Jésus agissant en son prêtre, par l’Église qui vient à sa rencontre, sont célébrées les noces de l’Agneau, l’union du Christ avec l’Église pour que la vie divine soit donnée et transmise. Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas. Amen. 


[1] Parmi les lieux non mixtes, celui que nous rencontrons le plus souvent ce sont les toilettes et elles sont distinctes précisément parce qu’elles sont le lieu où le sexe se dévoile pour accomplir une fonction qui n’est pas liée à la rencontre et doit donc se produire loin de l’autre sexe afin de ne pas mettre celle-ci en péril.