Qu’êtes-vous allés voir ?

Homélie du 3e dimanche de l’Avent

« Qu’êtes-vous allés voir ? »

À la question que lui posent les disciples envoyés par Jean, Jésus ne répond pas directement mais il fait des énigmes. « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez… » Nous pouvons avoir l’impression que Jésus utilise un code pour parler avec Jean à travers ses disciples. Jean semble devoir comprendre la réponse mais les disciples qui la portent la comprendront-ils ? Pourquoi Jésus ne leur parle-t-il pas plus clairement ?  

S’il est effectivement « celui qui doit venir », alors la réponse de Dieu à notre attente ne se donne pas dans des mots mais dans la personne qui prononce ces mots. Dieu n’a pas envoyé un livre sur la terre, il n’a pas envoyé un message dans une bouteille, il est venu en personne. A ceux qui lui demandent de répondre s’il est celui qu’ils attendent, il dit : « Entendez et voyez ». Ils ne repartiront pas avec une réponse mais avec une personne. Ils rapporteront à Jean ce qu’ils ont vu et entendu, la personne qu’ils ont rencontrée et ils en seront changés. Si Jésus avait répondu : « Oui, c’est bien moi », ils n’auraient été que des messagers porteurs d’une nouvelle inutile. Inutile tout d’abord parce que Jean savait déjà ; en effet, il avait baptisé Jésus, et il avait même dit « Voici l’Agneau de Dieu » en désignant le Christ. Inutile aussi parce que les porteurs de cette nouvelle n’auraient été que des messagers sans en être transformés en rien, ils n’auraient été que des facteurs. Or, précisément, Jean, puisqu’il connaît le Christ, paraît envoyer ses disciples poser la question pour qu’ils en soient changés et qu’ils reconnaissent en Jésus celui qu’ils attendent sans peut-être même le savoir. 

En n’acceptant pas de nous parler simplement, Jésus ne se laisse pas réduire, il nous pousse à la rencontre. Ce faisant, il prend le risque que certains ne fassent pas le pas de répondre à son invitation et repartent sans avoir rien reçu ; mais pour celui qui écoute la parole, qui se laisse interpeller par « entendez et voyez », qui part en quête et qui, ainsi, porte son regard sur les œuvres de Dieu, un chemin s’ouvre. Voilà qu’il peut entrer en relation avec le Seigneur. 

En effet, dès lors que nous attendons des réponses toutes faites, c’est que nous ne sommes pas prêts à la relation. Les outils nous apportent ce type de réponse : dictionnaire, GPS, moteur de recherche… Les hommes ne répondent pas sans une entrée en relation, sans nous proposer davantage d’interrogations. Chaque personne est une énigme qui ne se résout pas, chaque élément de réponse que nous en avons ouvrant à davantage de questionnement. Pour le dire autrement encore, chacun est un mystère : à mesure que certains aspects nous en apparaissent, nous mesurons un peu mieux tout ce qui nous en échappe. C’est ainsi que Dieu se présente à nous. 

Le Christ se montre ainsi dans une nuée lumineuse. Pour le connaître, il nous invite à entendre et voir ce qu’il dit et ce qu’il fait, les œuvres de Dieu qu’il accomplit. À ceux qui entrent dans cette contemplation, il propose encore davantage d’énigmes : « Qu’êtes-vous allés voir au désert ? » Pour quelle raison, êtes-vous allés à Jean ? Si c’était pour plus que la curiosité, alors vous vous êtes retrouvés devant une personne qui dépasse ce que l’on peut en dire. Il est « bien plus qu’un prophète. C’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer le chemin devant toi. » Jésus dévoile quelque chose du mystère de Jean avant d’en manifester la profondeur et c’est une nouvelle énigme qui achève ce passage : « Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui. » Jean ne se réduit pas à des formules mathématiques, on ne sait plus bien s’il est le plus grand ou le plus petit. De la même manière, lorsque Dieu vient à nous, il nous manifeste, lui plus grand se faisant tout petit, lui dont la grandeur est de s’abaisser et dont la petitesse est infiniment glorieuse, que sa personne comprend et dépasse ce que nous sommes et ce que nous connaissons de lui. Il est un mystère lumineux dans lequel nous plongeons pour que nos questions se changent en l’attente ardente de celui qui élargit nos esprits et nos cœurs à sa mesure qui nous dépasse. Amen.

Quand ma mère vanterait
A toi son voisin, son hôte,
Mes cent vertus à voix haute
Sans vergogne, sans arrêt ;
Quand mon vieux curé qui baisse
Te raconterait tout bas
Ce que j’ai dit à confesse…
Tu ne me connaîtras pas.

Ô passant, quand tu verrais
Tous mes pleurs et tout mon rire,
Quand j’oserais tout te dire
Et quand tu m’écouterais,
Quand tu suivrais à mesure
Tous mes gestes, tous mes pas,
Par le trou de la serrure…
Tu ne me connaîtras pas !

Et quand passera mon âme
Devant ton âme un moment
Éclairée à la grand-flamme
Du suprême jugement,
Et quand Dieu comme un poème
La lira toute aux élus,
Tu ne sauras pas lors même
Ce qu’en ce monde je fus..

Tu le sauras si rien qu’un seul instant tu m’aimes!

Marie Noël, Les chansons et les heures