Communion

jean_0.jpgHomélie des premières communions

2e dimanche de Pâques

« Avance ta main, mets-la dans mon côté »

À l’annonce des apôtres, Thomas répond : « Je ne croirai pas ». Entre moi et les autres, une barrière est placée qui m’empêche de partager totalement ce que je vis. Toute mes relations, mêmes les plus intimes, ont des limites. Il y a évidemment les limites matérielles, qu’elles soient spatiales – l’ami que j’aimerais avoir à mes côtés est au bout du monde ou de l’autre côté de la rue, peu importe, une distance nous sépare et il n’est pas là au moment où je le voudrais proche ; ou temporelles – nous avons passé un beau week-end ensemble mais vient le dimanche soir et l’heure où chacun rentre chez soi. Le déchirement de la séparation est à la mesure de la joie vécue, il est d’autant plus difficile qu’il nous fait prendre conscience de la limite d’une union que nous aurions voulue parfaite.

Plus douloureuses encore que ces contraintes extérieures, sont les barrières invisibles : j’ai essayé de dire ce que je vivais mais l’autre ne m’a pas compris, mes parents n’ont pas su me consoler, mon ami ne m’a pas cru alors que je lui parlais du fond de mon cœur. Thomas et les apôtres ont beau être dans la même pièce au même moment, ils sont séparés par des milliers de kilomètres ; les apôtres sont dans la joie d’avoir rencontré Jésus ressuscité et n’arrivent pas à faire parvenir cette joie au cœur de Thomas, qui reste pour eux comme une forteresse imprenable.

Et voilà que pour la première fois de l’histoire, un homme rejoint les autres de l’intérieur. En nous présentant son cœur ouvert, il ouvre la prison invisible dans laquelle nous sommes pour nous permettre de nous en échapper et d’aller jusqu’à lui. « Avance ta main, mets-la dans mon côté ». Non seulement, Jésus n’est plus limité par l’espace ni par le temps : il entre alors que les portes étaient verrouillées, il te rejoint ici et maintenant, il vient à toi dans cette église, deux millénaires après sa résurrection. Mais encore Jésus invite Thomas à plonger « la main dans son côté » car il vient pour un cœur à cœur. Il est celui qui a tout compris. Il a compris Thomas, il connaît chacun de nous mieux que nous ne pouvons nous connaître.  Le voici celui qui nous rejoint, nous console, nous écoute. En communiant, nous allons faire mieux que Thomas, nous ne mettrons pas simplement notre main dans son côté mais nous plongerons tout entier en lui. Il unira notre cœur au sien. Il s’offrira à nous tandis que nous nous livrerons à lui.

Thomas a pu le reconnaître dans toute sa beauté : « Mon Seigneur et mon Dieu ». En l’accueillant dans la communion, nous plongeons en Jésus qui nous rend semblable à lui. Nous recevons de lui les richesses de son être : ce cœur ouvert, capable de comprendre ceux qui l’entourent et de les aimer en vérité. Thomas s’est réjoui de la présence du Christ avant de traverser des pays entiers pour le porter jusqu’en Inde. Bien que physiquement proches, les autres sont parfois tellement loin, mais Jésus nous donne aujourd’hui un cœur capable de traverser la distance. Il vient pour nous connaître et nous aimer. Fort de son amour, notre cœur sera rempli de sa force. Il nous rendra ainsi capable d’aller à ceux qui nous aiment comme à ceux qui ne nous aiment pas, il nous donnera sa lumière pour comprendre ceux qui ne nous comprennent pas. Dans l’eucharistie, Jésus nous abreuve de son amour afin que nous aussi désaltérions ceux qui, autour de nous, ont soif d’être connus, compris et aimés. Amen.