Everybody hurts

Hands-300x199Homélie du 5ème dimanche du temps ordinaire

« Jésus s’approcha »

Dieu vient, Jésus s’approche de la souffrance. En saisissant la main de la belle-mère de Simon, en lui parlant, il manifeste la compassion véritable. Toute souffrance fait souffrir ceux qui en sont témoins : devant la douleur de mon frère, je suis pris d’un double mouvement contradictoire fait à la fois du désir de porter avec lui sa blessure et de la volonté de fuir parce que je sens ce que cette compassion me coûterait. Sans cette retenue, Jésus plonge dans la souffrance ; il ne la regarde pas de loin, il ne cherche pas à la fuir, il s’en saisit. Il soigne la belle-mère fiévreuse en prenant sur lui sa souffrance : sa croix se dessine déjà dans la guérison qu’il opère.

La souffrance des hommes est un océan, ce qui nous retient souvent d’y porter remède est la crainte d’être noyés – « à quoi bon aider si c’est une goutte d’eau dans l’océan ?! ». Ne faisant pas ce calcul, Jésus a laissé s’ouvrir une brèche en s’approchant de la belle-mère de Pierre, et il n’essaie pas de la refermer : alors il est envahi et se laisse envahir. La ville entière se presse à sa porte, nous dit l’évangéliste. Pas un qui ne souffre point dans notre humanité, pas un qui ne cherche à alléger le poids de son fardeau, tous viennent le déposer sur celui qui veut bien l’accueillir et le porter. On comprend que tout le monde cherche Jésus ; lui, est submergé ; la douleur des corps, la souffrance des esprits, les maux des âmes viennent s’abattre en cohortes sur lui. Il ne cesse pourtant de recevoir, de porter, de soigner. Médecin des corps, des esprits et des âmes, il ne recule pas, il s’avance, il s’offre, il se laisse manger.

Comment fait-il pour porter tout cela ? Comment n’en est-il pas épuisé ? C’est qu’il n’y a rien à vider en lui. Il n’a rien qui soit à lui-même, s’il peut ainsi donner c’est qu’il se reçoit. « Le lendemain, Jésus se leva, bien avant l’aube. Il sortit et se rendit dans un endroit désert, et là il priait. » Ce qui pourrait sembler être une fuite est une immersion plus grande. Dans l’intimité de son dialogue avec le Père, Jésus présente les malades, les souffrants, les pécheurs. En même temps qu’il s’offre à Dieu et en reçoit la vie, il nous confie au Père. Les prières qu’il prononce sur la croix sont là pour en témoigner : il dit « En tes mains, je remets mon esprit » après avoir dit « Père, pardonne-leur ». Il y dit aussi « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » : voilà que sa relation au Père, ce qu’il a de plus intime et de plus précieux, est blessée par son offrande, il se laisse atteindre jusque-là et ne garde rien pour lui-même. Sa prière est non seulement emplie de nous mais elle accepte même de s’accorder à la nôtre, de vivre la distance d’avec Dieu dont nous souffrons, de partager notre nuit.

Après cette prière au petit matin, le voilà qui continue sa route, plus loin, plus profondément dans l’océan de misère de l’humanité. Il ne se contentera pas de Capharnaüm, il se tourne vers les villages voisins. Plus rien ne l’arrêtera. De lui-même, puis par sa Croix et ses envoyés, il s’approche de la souffrance de chacun, de notre souffrance à nous pour la porter et nous délivrer de notre mal en nous entraînant vers le Père. Amen.