Lui, beau et gentil

Homélie du 2ème dimanche du temps ordinaire

« Voici l’Agneau de Dieu »despicable-me

Nos cœurs menteurs, inconstants, orgueilleux et lâches ne savent pas sortir de leur bourbier et pourtant, ils continuent de tendre vers le ciel, ils désirent la sainteté même lorsqu’ils n’y croient plus pour eux-mêmes et même lorsqu’ils ont enfoui et oublié cette soif. Ils ignorent comment retrouver leur blancheur originelle, mais quand ils la contemplent en un autre, elle les rappelle à leur vocation, réveille en eux la bonté et leur donne de rêver qu’elle ait toute la place. Il n’est qu’à se rappeler comment, au cœur du désespoir, la présence pleine de simplicité et de pureté d’un enfant, la vision d’un acte plein de bonté ou la contemplation d’un vieillard lumineux de sagesse peut faire renaître en nous l’espérance. Ce regard vers l’innocence et la sainteté pourrait nous plonger dans la nostalgie si nous étions définitivement perdus, mais en Jésus et dans ses saints nous découvrons que cette beauté brûle encore en nous et ne demande qu’à nous gagner.

C’est l’expérience de Jean : tout son témoignage porte sur la vision qu’il a eue : J’ai vu l’Esprit descendre et demeurer sur lui et si je suis venu, c’est pour qu’il soit manifesté.  La sainteté du Christ est avant tout d’avoir une relation d’amour avec le Père, relation qui est l’Esprit Saint. C’est la raison pour laquelle, le témoignage de Jean fait le lien entre la présence de l’Esprit et l’innocence de Jésus et qu’en voyant Jésus venir à lui, il indique donc simplement à ses disciples : Voici l’Agneau de Dieu. Jean-Baptiste est celui qui voit la beauté lumineuse de Jésus et la montre aux autres. C’est pourquoi il est généralement représenté pointant du doigt vers le Christ.

En nous apprenant à contempler la lumière, Jean-Baptiste nous désigne la voie du salut car nos âmes sont lavées au contact de la clarté : Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Comment l’enlève-t-il ? En étant innocent, en ne laissant pas le mal avoir de prise sur lui, il le rend inopérant et le détruit en retour dans le cœur de ceux-là même qui le commettaient. Puits de lumière sans fond, il anéantit les ténèbres qui s’engouffreront dans le combat contre lui.

Jean est prophète, car à son témoignage – Moi j’ai vu et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu – répond comme en écho la parole du centurion au pied de la croix. Alors que Jésus vient d’expirer sous la condamnation de mort qu’il était chargé d’administrer, il s’exclame : Vraiment cet homme était le Fils de Dieu.  L’innocence du crucifié lui éclate au visage et l’injustice à laquelle il avait participé lui est rendue en pluie de grâce. En levant les yeux vers le corps de Jésus, il découvre la lumière qui est à la source de son existence. Le mal des hommes ne peut salir l’Agneau de Dieu alors que sa sainteté est contagieuse et lave les péchés de ceux qui s’approchent de lui en réveillant en eux la bonté première. La création semblait pervertie de fond en comble, et voilà que Jésus en révèle la beauté éternelle. Les ténèbres ont joué en vain leur dernier coup, le coup de grâce, la lumière de la résurrection resplendit déjà et, le cœur retourné, le centurion regarde en face la clarté de Dieu. C’est tout cela que Jean entrevoit déjà alors que lui apparaît pour la toute première fois son Sauveur dans toute sa lumière. Amen.

Saint-Michel – 15 janvier 2017