Au point du jour

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Homélie du 3ème dimanche de l’Avent

Es-tu celui qui doit venir ?

Et quand Jésus vient, le reconnaissons-nous ? L’accueillons-nous ? Apprenons-nous à distinguer les lueurs qu’il nous donne à voir ici-bas pour nous préparer à sa venue ? Comment pouvons-nous les voir ? Si Jésus s’avance vers nous dans la nuit du monde, la clarté qui le précède, le domaine où nous le rencontrons en personne et la trace de feu qui l’accompagne nous font peu à peu apprivoiser sa lumière.

La clarté qui précède Jésus jaillit des signes qui l’accompagnent. À la question de Jean-Baptiste, posée depuis sa prison et relayée par ses disciples, Jésus répond en citant l’Écriture. Allez annoncer à Jean, ce que vous entendez et voyez suppose que l’on ait lu le prophète Isaïe pour comprendre ce qui est en train de se produire. Les signes ne parlent qu’à ceux qui sont prêts à en recevoir le sens – ils supposent une connivence et une culture commune. Parlez-moi chinois, je ne recevrai rien de plus que si vous prononciez des syllabes aléatoires et sans signification. Nous ne pouvons dire « je t’aime » qu’à ceux qui parlent notre langue. Pour recevoir l’annonce de l’amour de Dieu pour nous, encore faut-il donc apprendre sa langue.

Cette langue est parlée dans l’Écriture et c’est pourquoi nous avons lu ce 35ème chapitre d’Isaïe en première lecture. Il annonce la venue de Dieu – Voici votre Dieu –  et les signes qui l’accompagneront :  Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie. En répondant ainsi, Jésus se manifeste comme étant non pas simplement un envoyé de Dieu mais bien celui qui doit venir : Dieu lui-même derrière lequel il n’y a rien de plus grand à attendre. La manière dont il l’annonce, en citant l’Écriture, nous rappelle que nous recevrons le Seigneur si nous plongeons nous aussi dans la méditation de sa parole, si nous la faisons nôtre, si elle devient petit à petit comme une langue maternelle pour nous.

Or, la langue de l’Ecriture, nous ne l’apprenons pas seuls ; elle nous est transmise par une personne vivante : Dieu nous l’enseigne jour après jour dans le domaine qu’il prépare à chacun de nous et où il nous attend. Ce domaine, c’est l’espace de la prière. Là, il ne s’agit pas simplement d’occuper le temps pour tromper notre ennui, mais bien d’attendre avec patience que notre cœur apprivoise la langue de Dieu. Comme le dit Saint Paul : Voyez le cultivateur : il attend les fruits précieux de la terre avec patience. Prenez patience vous aussi. En contemplant les clartés que le Seigneur nous donne par son Écriture, par ses témoins et dans notre vie, comme le cultivateur regarde les jeunes pousses, nous laissons se creuser en nous le désir de sa venue lumineuse. C’est par la prière que nous le reconnaîtrons car c’est dans la prière que nous l’espérons.

Ils entrent dans Sion avec des cris de fête, couronnés de l’éternelle joie. Enfin, il y a la trace lumineuse que laisse sa venue en nos cœurs au jour où il nous a comblés de sa présence : la joie – un don d’une pureté sans mélange. Elle nous envahit par surprise et sans que nous puissions l’organiser, la maîtriser ou la retenir.  Elle fond sur nous quand nous ne l’attendions pas et nous échappe quand nous voudrions mettre la main dessus. Une aube de printemps, une percée dans les nuages après de longs jours de pluie, une ancienne relation où les cœurs s’ouvrent soudainement, un sourire par lequel tout est dit, une question qui trouve sa résolution, une église silencieuse où nous rencontrons le Seigneur… En revenant sur nos pas et en faisant mémoire des jours où la joie nous a ainsi visités, nous reconnaissons la venue de Jésus. Était-elle la fille de notre prière, le fruit d’un service rendu, la compagne d’une parole donnée ou entendue ? C’est vers ce bonheur éternel que nous marchons et c’est dans cette direction qu’il faut orienter nos vies, notre temps et notre action pour recevoir le Seigneur quand il vient. Amen.

 

Saint-Michel – 11 décembre 2016