À table !

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Homélie de la Fête-Dieu

– Ils furent tous rassasiés –

La mesure de l’amour, c’est d’aimer sans mesure[1] ; et, si Dieu est amour ainsi que nous l’avons contemplé la semaine dernière en fêtant la Sainte Trinité, la surabondance de son amour se donne à voir dans l’explosion débordante qu’est sa création. Notre terre nourricière, telle une mère aimante, ne mesure pas ses efforts pour nourrir ses enfants : les champs blonds pour la moisson, les vergers alourdis de fruits, les pâturages nourrissant de féconds troupeaux et les océans regorgeant de poissons sont autant de témoignages de la démesure avec laquelle Dieu nous aime.

La multiplication des pains n’est pas plus miraculeuse que la générosité avec laquelle, dans un champ fertile, un seul grain de blé en porte cent comme lui. Qu’il vienne des épis moissonnés, de la manne au désert ou encore des mains de notre Sauveur qui les multiplie, tout pain vient de Dieu et celui-ci le donne avec abondance à l’humanité. Jésus lève les yeux au ciel et prononce la bénédiction, comme tout juif le fait au début de n’importe quel repas. Par son caractère extraordinaire, cet épisode souligne que c’est la même bonté de Dieu qui est à l’œuvre quand nous recevons notre pain quotidien.

Ce repas convoque donc chacun de nos repas à retrouver leur donateur en entrant dans la reconnaissance qui est celle du Fils : lever les yeux au ciel, prononcer le bénédicité, avant que de rompre le pain nous rappelle que la nourriture est le gage de l’amour de Dieu pour nous.

La multiplication des pains nous rappelle donc que tout pain vient de Dieu, et elle est aussi l’annonce d’un don meilleur : la démesure divine va plus bien loin que la profusion créée. Comme la mère prête à se livrer pour nourrir ses enfants, comme la terre se laisse épuiser pour nourrir les hommes, Dieu lui-même s’offre en nourriture. Jésus prit les cinq pains et, levant les yeux aux ciel, prononça la bénédiction, les rompit et les donna. Les verbes évoquent déjà le don du Jeudi Saint. Il ne suffisait pas que Dieu nous allaite de ses biens, il a voulu nous nourrir de lui-même.

Et alors, quelle prodigalité ! Faites ceci en mémoire de moi : sur toute la terre, les paroles de Jésus sont répétées par des millions de prêtres, le Seigneur se donne sans mesure et d’un mot fait jaillir sa présence aux quatre coins du monde. S’il ne compte pas à la dépense, c’est par amour, pour s’assurer qu’il puisse nous rejoindre et rencontrer chacun de nous. Dans la campagne la plus reculée, au plus haut des montagnes, au cœur du désert et au milieu de la ville, le plus petit des oratoires autant que l’immense cathédrale deviennent pour les baptisés le garde-manger d’où déborde Dieu lui-même. Amen.

 

Saint-Michel – 29 mai 2016

[1] Saint Bernard, Traité de l’amour de Dieu, I