Auriez-vous quelque chose à manger ?

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Homélie du 3ème dimanche de Pâques

Messe de première communion

“Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger ?” C’est plutôt Jésus qui devrait nourrir ses apôtres. Maman et Papa n’arrivent pas le soir à table en disant : « Qu’est-ce que tu nous as préparé, mon enfant ? » Pourquoi donc cette demande de Jésus ? Il sait bien qu’ils ont pêché toute la nuit sans rien prendre, pourtant il veut l’entendre de leur bouche, il attend ce simple mot : « non », il veut écouter la faim de ses disciples. La preuve en est que, juste après, nous découvrons le poisson grillé qu’il leur a préparé avec du pain et il les invite alors à manger. Jésus n’avait pas besoin que ses apôtres aient à manger, au contraire, il avait besoin de leur manque.

À la table familiale, vos parents apportent la nourriture, fruit de leur travail, ils mettent un toit sur votre tête et s’assurent que vous ayez une chaise pour vous asseoir ; et vous, vous n’apportez qu’une seule chose : votre faim. Ce n’est pas très équitable et pourtant c’est juste. Un jour viendra où, à votre tour, vous serez parents, et ce sera à vous de combler les besoins de vos enfants. Pour le moment, vous êtes des enfants, et vous n’avez rien d’autre à donner que votre faim. Ce n’est pas rien, car sans celle-ci vos parents ne peuvent absolument rien faire pour vous. Ils pourraient vous préparer le meilleur repas du monde, si vous n’y arriviez pas avec le désir de manger, vous resteriez devant sans y toucher et repartiriez sans avoir été nourris. Ceux parmi nous qui ont essayé un jour de forcer à manger l’un d’entre vous sans appétit savent bien que c’est impossible et connaissent les serrages de dents et les rejets devant lesquels nous sommes totalement démunis. Vos parents ont besoin que vous ayez faim.

Il en va de même pour Jésus. Le voilà qui va se donner à vous sous les aspects d’un morceau de pain. Il se fait ainsi nourriture et la seule chose dont il a besoin, c’est notre faim, le désir que nous avons de lui. Cette faim de nos cœurs n’est pas la même que celle de nos estomacs, elle ne fait pas gargouiller nos ventres et pourtant elle nous rappelle à l’essentiel. Vous savez bien que nous n’avons pas simplement faim de nourriture. Si nous avions tous les vivres possibles mais seulement eux, combien nous manquerions ! Sans notre faim plus profonde d’aimer, d’être aimé et de vivre, il ne peut rien faire pour nous. On peut bien nous forcer à venir à l’église, nous obliger à nous lever ou nous mettre à genoux, si nos cœurs n’ont pas de désir, si nous ne nous tournons pas vers Jésus en lui criant : « j’ai faim de toi Seigneur ! », Il ne pourra pas nous combler.

Alors, nous aurons beau nous avancer pour communier, cette communion sera comme du gaspillage, car elle ne trouvera aucun manque à venir rassasier en nous, et même si nos corps sont vivants sur cette terre, nos cœurs dépériront petit à petit jusqu’à être comme morts. Pour s’avancer et communier, le plus important est de manquer. Près du Seigneur, apporter nos richesses intérieures ou extérieures, le bien que nous faisons, le mal que nous avons fait, la solidité de notre foi est utile mais superflu ; la seule chose essentielle pour vraiment recevoir Jésus, c’est de lui ouvrir notre faim.

Vous voulez que votre première communion soit une vraie rencontre avec Jésus, qu’il puisse faire en vous sa demeure. Dans ces quelques instants qui vous y préparent, dites-lui votre désir. Il ne demande rien de vous que cette soif d’aimer et d’être aimé. Comme Pierre à qui Jésus demande trois fois : « M’aimes-tu ? », dites-lui combien vous l’aimez et avez soif de sa présence dans vos vies. Dites-lui que vous voulez communier comme de pauvre mendiants affamés qui viennent recevoir la pièce d’or qui leur sauve la vie. Amen.

Saint-Michel – 10 avril 2016